Cheminots et ravitaillement pendant la Seconde Guerre mondiale

Certains cheminots de Toulouse, Béziers ou Narbonne apparaissent dans les archives de l’Aveyron en raison de leur ravitaillement en pommes de terre dans ce département pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Des besoins en nourriture

L’occupation de la France par les Allemands, l’affluence de réfugiés, le rationnement et d’autres raisons ont fait drastiquement baisser l’approvisionnement en matières premières, tant à consommer immédiatement, qu’à ensemencer pour plus tard. Il n’est donc pas incohérent de voir les populations à se déplacer hors des villes pour trouver de quoi se nourrir.

Les personnes interrogées, et dont on a la trace du témoignage dans les archives de l'Aveyron, expliquent que certaines denrées sont introuvables à Toulouse. C’est le cas par exemple des pommes de terre qui semblent avoir disparu des étals depuis le début de l’année 1941.

La mobilité des cheminots

Les cheminots et leurs familles du Sud-Ouest semblent avoir bénéficié de l’existence de lignes de chemin de fer pour venir jusqu’en Aveyron pour se ravitailler. Bien entendu, cette démarche est interdite sans bon de transport, surtout quand on voit les quantités (en particulier de pommes de terre), transportées : de 5 kg (ce qui est très raisonnable) à 45 kg (ce qui est moins discret).

Un contrôle en gare

Les contrôles effectués dans les gares et en particulier celle de Luc-la-Primaube, petite commune aveyronnaise, ont permis de relever de nombreuses irrégularités avec un point commun : des cheminots (ou leurs proches) de Toulouse Narbonne et Béziers venaient acheter des pommes des terre.

Notez que les militaires, surtout quand il s’agissait de sous-officiers, qui transportaient, eux aussi, des pommes de terre ne semblent pas avoir été contrôlés.

Trente-neuf interrogatoires ont été menés et laissent apparaitre des arguments plus ou moins pertinents.

Les arguments expliqués

Il faut nourrir la famille, ce qui semble bien légitime. Dans ce cas, les quantités sont raisonnables : quelques kg de pommes de terre, de la viande, des œufs, du pain, des poules … On remarquera que l’achat est parfois fait dans une ferme éloignée jusqu’à 6 km de la gare.

Certaines denrées sont introuvables en ville, l’achat de matière première est faite ici car l’approvisionnement semble impossible à proximité du lieu de vie, d’où l’usage d’un moyen de transport qui permet de s’éloigner.

On doutera beaucoup plus du cheminot toulousain qui se promenait et a acheté par occasion, ou de celui parti à la pêche avec son fils (à la Primaube, donc) et qui a croisé un agriculteur qui lui a donné des pommes de terre parce que son stock pourrissait. Les aveyronnais semblent d’ailleurs bien généreux à donner des tubercules et autres denrées sans être payés ! C’est comme ça que Jeanne de Béziers est repartie avec 10kgs offerts avec un « profitez-en, au lieu de les donner aux cochons »

Que penser des deux explications, l’une par un chauffeur qui se dit « obligé de suivre un régime par suite de maladie de foie et d’estomac », ou de celui dont la « femme est atteinte d’une maladie d’estomac et ne doit consommer que des purées ou des pâtes » ?

D’autres semblent plus honnêtes : ils avouent ne pas avoir fait la déclaration pour obtenir des semences dans les délais impartis, alors ils se déplacent pour réparer cette erreur. Certains n’obtiennent d’ailleurs pas les produits qu’ils disent être venus chercher, mais repartent quand même avec de la marchandise.

Aucun d’entre eux ne dénoncera le fermier ou la fermière qui leur a donné ou vendu les marchandises, probablement parce que le nom leur était inconnu. Le tarif, lui, est assez variable comme on peut l’imaginer en ces périodes de fortes demandes.

Une ressource originale

Les périodes de guerre, avec leurs déplacements de population et les privations endurées par celles-ci, peuvent apportent un éclairage original sur l’histoire familiale. C’est bien le croisement des données (lieux de vie et de refuge, profession, situation personnelle) qui peut permettre d’imaginer de fouiller des documents plus originaux que les ressources traditionnelles, parfois avec succès ! 


Les patronymes concernés par ces interrogatoires sont : Alquier, Alzieu, Armengaud, Astruc, Balansac, Balès, Bardy, Bedrines, Beringuier, Boyer, Degeilh, Delmas, Denat, Faugère, Galey, Gille, Guery, Lafitte, Larroche, Maraval, Masson, Maurette, Maury, Muffragi, Ourmet, Palat, Poulet, Pouydesseau, Ramière, Raucoule, Rey, Reynard,Ringenbach, Robert, Rouch, Rougé, Taillefer, Vaissières et Vidal.

© 2026 Généalanille - Article publié le 7 juin 2026 - Documents issus de la collection C. Cheuret

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